Alors, consommer bio ou non ?

Que dirait Shakespeare ? 

Consommer bio ou ne pas consommer bio, telle est la question. 💀

Y a-t-il plus de noblesse d’âme à subir l’avidité au gain de l’industrie agroalimentaire, ou bien à s’armer contre une mer de douleurs et à l’arrêter par un changement de consommation ? Manger.., dormir, rien de plus… Et dire que par l’alimentation, nous mettons fin aux maux du ventre et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. Manger.., dormir, dormir ! Peut-être rêver ! Oui, là est l’embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la consommation aveugle, quand nous sommes débarrassés de l’étreinte de cette vie ? 

J’étais obligé de le faire 😂. Mais plus sérieusement, aujourd’hui, notre consommation alimentaire est un enjeu majeur à ne pas négliger. Avec l’industrialisation de l’agriculture et de l’élevage intensif, la qualité de nos aliments ont perdu en valeur nutritive. L’utilisation de pesticides (terme générique qui rassemble les insecticides, fongicides, herbicides, parasiticides) n’a pas cessé de progresser en France, avec toutes les conséquences sur la santé et l’environnement que l’on commence à connaître. L’une des alternatives à des modes de productions qui en demande trop à la nature est le “Bio”.

Qu’est-ce que le BIO ?

Alors je vais être claire, ce qu’on considère aujourd’hui comme étant “Bio”, c’est un aliment issu d’une agriculture NORMALE ou presque. C’est-à-dire une agriculture pratiquée par la majorité des paysans avant le XXème siècle. C’est important de se le rappeler. Aujourd’hui, l’emploi de pesticides est devenu la norme. De ce fait, il a fallu créer un terme “marketing” pour différencier l’agriculture naturelle, de celle qui ne l’est pas.

Et non, les fruits et légumes “Bio”, ne sont pas forcément moches ou vendus avec de la terre. Un aliment “Bio” est un aliment issu d’une agriculture biologique. C’est-à-dire, une agriculture qui exclut l’usage de produit chimique de synthèse (comme le Round’Up), les organismes génétiquement modifiés (OGM) et la conservation des cultures par irradiation. Mais pas que. Attends… quoi ? Irradiation ??? Alors le nuage radioactif de Tchernobyl qui s’arrête à la frontière, c’était du vent ? 🤯 


Abricot irradiés - Alors, consommer bio ou non ?

Qu’est-ce que la conservation par irradiation ? Je vous rassure, ce n’est pas une technique consistant à utiliser du plutonium, mais presque 🙄. Les aliments sont en réalité exposés à des rayonnements ionisants, permettant de réduire la quantité de micro-organismes. C’est une technique qui consiste à passer les fruits et légumes aux rayons gamma d’une source radioactive (cobalt 60 ou césium 137, ou rayons X, ou faisceaux d’électrons à très haute énergie). Ce qui a pour effet de ralentir le mûrissement et donner aux aliments une apparence de fraîcheur éternelle. Ce qui est pratique pour le transport de longue distance et le stockage de longue durée.

Le problème ? Lirradiation « explose » pratiquement toutes les vitamines (A, B1, B6, B12, C, E, K, …), détruit une partie des nutriments et elle altère le goût jusqu’à laisser quelquefois un léger goût de rance. Cela peut aussi altérer l’apparence comme on peut le voir avec l’abricot déshydraté plus haut. Cela peut aussi entraîner l’altération du génome des aliments, ce qui peut engendrer des risques de cancer. 


L’agriculture Bio pour faire simple, c’est une agriculture qui cherche à préserver la biologie du vivant en réduisant au maximum tout ce qui peut altérer la qualité des aliments et la santé des sols. Afin de ne pas tromper le consommateur, un certain nombre d’organismes et de réglementations ont vu le jour. 

Bio : les réglementations

Les réglementations - Alors, consommer bio ou non ?

Les certificateurs

Afin de réglementer l’utilisation de l’appellation “Bio”, les produits doivent obligatoirement être contrôlés et certifiés par un organisme agréé et accrédité par les pouvoirs publics. Chacun définit un certain nombre de critères délimitant ce qui est bio, de ce qu’il ne l’est pas. Et s’assurent que le mode de production soit strictement respecté, en effectuant des contrôles à l’improviste. En France, six organismes certificateurs sont agréés par l’Institut National de l’Origine et de la qualité (INAO) et accrédités par le Comité Français d’Accréditation (COFRAC) :

  • AGROCERT
  • CERTIPAQ
  • CERTISUD
  • Ecocert France
  • QUALITE France
  • SGS ICS

Les labels

Chaque organisation, qu’elle soit publique ou privée va créer une charte, plus ou moins exigeante sur la qualité du produit, les conditions de travail et les valeurs écologiques.  Ces organismes vont alors délivrer des labels qui vont garantir généralement au consommateur : 

  • l’absence de pesticides dans les produits
  • la présence ou non d’OGM
  • la qualité du produit
  • la traçabilité

Quelques exemples de labels bio : 

  • Artisans du Monde est un réseau de distribution associatif et militant, membre de la World Fair Trade Organisation (WFTO). Avec plus de 150 boutiques de proximité, Artisans du Monde est le premier réseau de commerce équitable en France. 
  • Bio cohérence, est une garantie privée (certifiée par un tiers indépendant) mise en place suite au nouveau règlement européen jugé trop laxiste. Bio Cohérence ne labellise que des produits ayant déjà le label AB, mais avec des critères supplémentaires.
  • Bio Partenaire, est né des labels Bio Équitable et Bio Solidaire. Bio Partenaire est contrôlé et certifié par un organisme agréé par les pouvoir publics. Par rapport aux autres labels, il intègre des critères humains.
  • Demeter est basée sur les principes de l’agriculture biodynamique, un système de production agricole inspiré de l’anthroposophie. Il s’agit d’un courant spirituel qui adapte les modes de production aux cycles lunaires et planétaires, dans le respect de la terre, des hommes et des animaux.
  • Ecotert garantit la conformité des produits au cahier des charges Équitable, Solidaire et Responsable (ESR)
  • Ensemble Solidaires, créé par Biocoop est un label sans contrôle par un organisme de certification indépendant. Ce label interne aux magasins Biocoop, assure des partenariats durables entre groupements de producteurs, transformateurs et distributeurs.

Parmi les labels bio, seul le label français AB est officiel. 

Le label français AB

Label AB - Alors, consommer bio ou non ?

Crée en 1985, le label français AB a évolué pour répondre depuis 2010 au même cahier des charges que celui du label européen “Bio Europe”. 

Cahier des charges

Production végétale
  • Les semences et plants employés doivent avoir obtenu le label bio de l’Union européenne, et ne doivent pas être issus d’OGM
  • La fertilité et l’activité biologique du sol doivent être maintenues ou augmentées
  • La réglementation énumère des engrais d’origine naturelle autorisées
  • La protection contre les parasites, adventices (mauvaise herbe) et maladies doit favoriser la prévention par un meilleur choix des variétés, un travail du sol approprié, des rotations et associations de cultures, la plantation de haies
Production animale
  • Le choix des souches et des races doit être adapté à l’environnement local
  • Les animaux doivent être nés sur l’exploitation ou issus d’exploitations certifiées biologiques
  • L’élevage hors-sol est interdit
  • Tous les animaux ont accès au parcours et les ruminants pâturent dès que les conditions le permettent
  • Les animaux doivent avoir accès l’air, la lumière, l’espace (paillé à l’intérieur des bâtiments), lui permettant de se mouvoir librement
  • La taille des élevages est limitée selon le type d’animal et selon des densités spécifiées
  • L’alimentation des animaux doit avoir une origine majoritairement locale
  • 100 % de l’alimentation des animaux doit avoir obtenu le label bio de l’Union européenne, sauf cas particuliers
  • L’usage d’OGM dans leur alimentation est interdit, l’usage des additifs est spécifiquement réglementé
  • Les jeunes mammifères doivent être nourris au lait maternel ou naturel
  • Le gavage est interdit
  • La santé des animaux doit être basée sur la prévention, et en cas de soins, si des produits de phytothérapie, d’homéopathie ou autres sont appropriés, ils doivent être préférés aux médicaments vétérinaires allopathiques chimiques de synthèse
  • D’autres médicaments vétérinaires sont utilisables dans un cadre spécifié
Transformation
  • Au moins 95 % des ingrédients d’origine agricole (hors eau, sel et additifs) d’un produit labellisé doivent eux-mêmes porter ce label. La réglementation spécifie les produits autorisés dans les 5 % restants.
  • Les arômes ajoutés doivent être naturels.
  • Seuls des additifs et auxiliaires spécifiés par la réglementation sont autorisés.
  • Jusqu’à 0,9 % d’OGM est admis dans la composition des aliments.
Importation

Les produits biologiques importés dans l’Union européenne doivent avoir été produits et certifiés selon des règles au moins équivalentes à celles en vigueur dans l’Union européenne. Un ensemble de règles et de contrôles sont mises en œuvre à chaque étape de la production et de l’importation. Les produits importés et présentant ce label peuvent :

  • provenir de pays tiers dont la réglementation est considérée au moins équivalente à la réglementation européenne
  • avoir été contrôlés et certifiés par des organismes reconnus et supervisés par la CE
  • ou avoir obtenu une autorisation d’importation délivrée par le ministère compétent d’un État membre
Autres
  • Les traitements ionisants et l’osmose inverse sont interdits.
  • Une exploitation se convertissant au label bio de l’Union européenne doit passer par un délai de conversion, variant selon les productions et les antécédents, notamment.
  • La mixité entre production labellisée et non labellisée n’est autorisée que dans des cas particuliers et dans des conditions spécifiées.
  • Dans des conditions particulières, telles qu’une offre insuffisante ou une catastrophe climatique, des dérogations peuvent être apportées à ces règles, dans un cadre spécifié.
Emballage

Ce label impose à tous les producteurs de produits, issus de l’agriculture biologique, d’afficher sur leur emballage son logo.

Alors, faut-il manger bio ? 

Alors faut-il manger bio ? - Alors, consommer bio ou non ?

À chaque étape, de la production à la vente des produits aux consommateurs, il existe des dangers pour notre santé et pour l’environnement. De l’utilisation d’herbicides sur les sols pour éliminer les “mauvaises herbes” à la conservation par irradiation des aliments, en passant par l’épandage aérien, rien est négligé pour mettre à mal les bactéries, les insectes ou mêmes les plantes considérées comme nuisibles. 

Alors sans appel, je vous réponds par un grand OUI.
Il faut manger BIO !

Des réticences ? 

C’est bien gentil de dire de manger BIO, mais une production d’aliment BIO qui se trouve à côté d’une parcelle subissant de l’épandage aérien, en quoi c’est mieux ? La répression des fraudes a répondu à cette question et moins de 2% des aliments issus d’une agriculture biologique contiennent des pesticides.

Sur les marchés, on nous vend du bio alors que ce n’est pas le cas“. En effet, certains vendeurs sur le marché peuvent mentir pour vendre leur produit comme étant bio. Vous avez tout à fait le droit de leur demander leurs certifications.

Oui, mais le bio ça coûte cher“. En effet, aujourd’hui le bio coûte plus cher de produire. Il faut plus de main d’œuvre et il y a moins de rendement. Alors au début, manger “Bio” était relativement chère, mais la tendance change, car les méthodes de production évoluent. Il existe de plus en plus de produits bio, ce qui a pour conséquence de réduire les coûts sur l’effet de la concurrence. Néanmoins, pour réellement réduire les coûts, un changement de consommation est nécessaire :

  • Diminuer la consommation de viande, car c’est ce qui coûte le plus dans un caddie
  • Manger plus de légumineux (haricots, flageolets, lentilles et autres)
  • Privilégier des circuits courts (direct entre producteurs et consommateurs)
  • Faire pousser vos légumes et condiments

Consommer Bio n’est pas une fin en soit, il s’accompagne de changement de nos habitudes et du regard que nous avons sur ce que nous mangeons. Manger BIO, c’est aussi dire à l’industrie agro-alimentaire que nous ne voulons plus de produits mettant en danger notre santé et celle de notre environnement.

Alors, qu’en pensez-vous ? 😉

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% commentaires (4)

Article intéressant qui clarifie ce qu’est le bio ! Je suis d’accord, nous devons changer notre consommation. Et j’apprécie les autres bonnes pratiques partagées ; en particulier le fait de privilégier le circuit court. Je pense que connaître la provenance de nos aliments limite largement le risque en plus de diminuer l’impact environnemental du transport des produits.
Hâte de lire le prochain article 🙂

En effet, la traçabilité de ce qu’on achète est très importante et nous permet en tant que consommateur, de faire les meilleurs choix.
À très vite 😉

Le BIO est en faite issu d’une agriculture « normal ». On est tellement habitué aux pratiques de « masse » que pour revenir à la base il faut l »expliquer » aux gens c’est fou!

Revenons à l’essentiel, consommons des fruits de saisons et privilégions le circuit court.

Oui, c’est fou ! Et c’est important d’en prendre conscience, afin de prendre les meilleures décisions pour notre santé, notre environnement et même l’économie locale. 😉

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